Rencontre avec un fantôme

Rue Garancière, ce matin, J’ai croisé, avec ses lunettes, Sa veste de cuir fourré, Et ses yeux baladeurs menant partout leur quête, Jean-Paul Sartre qui se promenait. Au vu de cette écharpe et de cette silhouette, À qui manquait la pipe et qui avait grandi, Mais qui avait, du philosophe, l’exacte tête, Je suis, sur … Lire la suite

Eve

A Autun l’Eve aux longs cheveux Qui coulent comme une rivière, Attrape, d’une main étrangère, Le fruit qui lui fut défendu. Lèvres pincées, bouche mutine, Elle tient son menton, pensive, Dans sa main droite, comme ennuyée, L’air de ne pas y toucher. Rondeur du mollet dans les pampres Rondeur des seins et des yeux las … Lire la suite

Le désir et la grâce

Dans le livre que m’a offert François pour mon anniversaire, il est dit d’un guide de haute montagne : « Il est plein d’une absence de désir. » C’est l’effet que me font les médecins de famille, ces personnes calmes et pleines de rassurance qu’on pourrait croire n’être touchées par aucun manque, aucune absence, aucun désir. Je … Lire la suite

Le crapaud charmant de Schrödinger

C’était un crapaud. Laid et balourd comme le sont les crapauds. Mais parfois, c’était un prince charmant, et il était alors beau comme un prince. Cela dépendait de la façon dont la Belle le regardait. Elle avait d’abord cru que c’était son regard qui changeait, sa perception des choses, et qu’un œil plein d’amour suffisait … Lire la suite

Inversions

Dans la rue de Grenelle, du haut de son trottoir, Un homme grand, ce matin, toisait un petit homme. Un grand homme eut-il agi de même ? Et un homme petit ? La place qu’on donne aux choses n’est pas sans importance, Dans les phrases comme dans la vie.

Le sabre et l’archet

A la primatiale Saint-Jean-Baptiste de Lyon, Une femme jeune et belle vêtue d’un long drapé Ondule gracieusement sous la grâce des pampres, Fléchissant les genoux dans son déhanchement. Coincée sur son épaule et portée à main gauche, Une viole, et dans l’autre, la droite, elle tient, D’une main ferme, comme on le fait toujours d’une … Lire la suite

Irénée

J’aime bien Irénée qui, dans le Lyon antique, Défendit l’unité de la création, Combattit les idées de Manes et la thèse Selon laquelle deux substances existaient. Père de l’Eglise pour père de l’Église, À Augustin d’Hippone je préfère de beaucoup Cet évêque lyonnais, qui lui venait de Smyrne Et qui vécut deux siècles avant le … Lire la suite

Les mondes en ou, le monde en et

Je me demande parfois si Entre celles et ceux qui voient le monde en ou Et les autres, qui d’abord le perçoivent en et, La différence est de nature ou bien de caractère, Psychologique ou de raison. Ceux qui, Toujours et partout, Veulent que les choses soient ceci ou bien cela, Et refusent qu’elles puissent … Lire la suite

Le baiser de la pluie

Dans la goutte de pluie qu’elle m’apprit à aimer, Le ciel et ses nuages, le soleil et la lune, Un monde tout entier en un point rassemblé Qui, quand il touche terre, ouvre la terre au monde. De cet embrassement où la terre s’abandonne, Dans le parfum exquis et doux du pétrichor, Naît une terre … Lire la suite

Points de suspension

J’en connais une chère (elle se reconnaîtra) Dont tous les mots écrits (et souvent les paroles) Invariablement se terminent En points de suspension. Je m’y suspens, Je m’y balance, Au gré de mes humeurs et de mes passions Cherchant à deviner ce qu’elle a voulu dire, Ce qu’elle a, en trois points, voulu signifier. Et … Lire la suite