La confusion des langues
5. Le génie de la langue

Il y a, comme dans la matière et l’antimatière au sein de l’univers, un équilibre général du langage entre le vrai et le faux, une presque égalité de ces deux substances ; mais comme dans le cosmos, il existe, au sein de cet équilibre global, une asymétrie initiale et fondamentale, une sorte de singularité linguistique originelle qui fait que le vrai l’emporte et que les mots disent plus souvent le vrai qu’ils ne disent le faux.

La confusion des langues
 2. Shinar

Shinar ! Une des boutiques spécialisées d’Old Bon Street s’appelle ainsi. Sa vitrine est spécialement classieuse, décorée de vieux livres reliés de cuir élégant, comme si, dotés de ces prothèses, on allait se muer en Pic de la Mirandole, devenir sage et savant des connaissances du monde, quand il s’agit plutôt, chacun le sait, de pouvoir impunément trafiquer, blesser, tuer puis se fondre dans la foule.

La confusion des langues
1. Les boutiques de Old Bond Street

J’aime beaucoup, dans Old Bond Street, ces boutiques chics aux vitrines étranges, où l’on peut acheter, quand on en a les moyens, des dents, des bouches, des cordes vocales, des palais, des langues, tout un éventail de dispositifs qui, convenablement installés (mais je crois que cette installation demande une petite opération, de l’orthodontie et un peu de neurochirurgie), permettent de parler tous les idiomes de la Terre, avec un accent, une prononciation et une fluidité parfaites.

Épiphanies

Je me demande si ce qui surgit dans l’acte même du dialogue, de la rencontre, du jeu, de la promenade, du rire, du sourire, de la caresse ; ce qui naît et advient dans le geste même qui se fait, l’interaction qui se produit et nous laisse bouleversé, si là n’est pas la seule, l’unique réalité ; et si les pensées et les réflexions que ces actions nourrissent ensuite ne constituent pas, au fond, de simples illusions, des illusions de sagesse suscitées et entretenues par l’ego pour survivre, pour donner à croire qu’il existe, qu’il existe autre chose que la suite des moments.

Les rues sombres

Il y a une chose que je déteste,
C’est de devoir, la nuit,
Dans les rues sombres,
Ou même parfois le jour,
Dans les quartiers déserts,
Chemins de randonnée
Traversant des forêts profondes ;
C’est de devoir changer de trottoir,
Chantonner ou faire quelque chose,
Souvent n’importe quoi,
De bruyant ou d’incongru,
Parce que mes pas,
Le bruit seul de mes pas
Effraie la femme qui marche devant moi.

Là-bas

Et toujours, là-bas 
(Mais pas si loin),
Depuis quatre ans,
Les femmes réduites,
À on ne sait pas trop quoi :
Peut-être leur seul asservissement,
Leurs seuls empêchements,
Leur statut de chose domestique.