J’en connais une chère (elle se reconnaîtra)
Dont tous les mots écrits (et souvent les paroles)
Invariablement se terminent
En points de suspension.

Je m’y suspens,
Je m’y balance,
Au gré de mes humeurs et de mes passions
Cherchant à deviner ce qu’elle a voulu dire,
Ce qu’elle a, en trois points, voulu signifier.

Et je navigue ainsi au vent des émotions,
Sur la mer tempétueuse des interrogations,
Des doutes, des espoirs, des peines, des questions
Que soulève le triplet des points de suspension.

Ainsi, dans les procès des geoles staliniennes
L’accusation jamais n’était-elle précisée.
C’était à la victime – j’entends : à l’accusé,
De désigner son crime, de dire son forfait.

Il m’arrive moi aussi d’avoir ce travers
(Et tout à l’heure encore quand je lui ai écrit)
Mais exceptions à part, quant à moi je préfère,
Que ce que je veux dire soit tout simplement dit.

N’étant ni la Pythie, ni prêtre de Dodone
(Que connait celle-là et que je ne connais pas)
Je risque, à l’écoutée du feuillage des chênes,
(Comme à l’abîme qu’ouvrent les points de suspension)
De ne saisir rien, de ne comprendre pas.

Et me voici, Ulysse, condamné à errer,
(Un Ulysse qui, hélas, n’en a pas la malice),
Au milieu des Sargasses des sens inventés,
De l’océan glacial des interprétations,
Echappant à Charybde pour tomber en Scylla !

Aldor

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