Appareil chronophotographique d’Albert Londe,
© Beaux-Arts de Paris

Le bisou de Clawdia, doux et joyeux mais plus amical, voire maternel que je ne l’aurais souhaité, suscitait en moi des sentiments mêlés. Je voulus lui montrer que je n’étais pas tout à fait l’enfant un peu sot pour lequel elle semblait me prendre : c’est sans doute à toi que je le dois, lui dis-je… à ton contact je me bonifie, me clawdifie car des questions me poussent comme des ailes… et justement je me demandais… j’avais compris des propos tenus par Richet et le commandant Charcot que c’était l’effet « fossette de Cunéo », dont le nom avait tellement fait rire Sarah Bernhardt, qui était la cause de l’ouverture de cette sorte de passage entre Porquerolles et le Quartier latin. Et voilà que tu sors de ton joli chapeau une explication nouvelle, quelque chose qui n’a rien à voir…

Clawdia se tourna vers moi. Tu as raison, Bernardo. Mais là comme pour tout (et elle insista sur le « tout »), les choses ne sont pas binaires, elles fonctionnent selon plusieurs niveaux qui se superposent, comme une mélodie jouée par plusieurs instruments plus que comme une machine simple qui dit soit oui, soit non. Il faut du temps pour que les divers instruments se rejoignent, et c’est dans cette attente, cette attente intranquille, qu’est la beauté de la chose… Elle changea de ton : je crois qu’il y a deux phénomènes : d’un côté, il y a les poissons de l’I.P.H., les obus du Fort de la Repentance, le myrte du Jardin alpin, et peut-être l’autochrome de Fournier, qui se déplacent effectivement de Porquerolles à Paris. Et de l’autre, il y a le mammouth du Brégançonnet, peut-être celui vu par Barceló, le T-Rex de l’Oustaou, la jeune fille d’Antonin, qui utilisent le même passage mais dans l’autre sens et seulement comme apparitions. Et c’est probablement sur ces ectoplasmes-là que les ondes médiumniques agissent.

Revenant alors vers le Jardin des Plantes, nous passions devant la Salpêtrière, devant ce grand porche surmonté d’un boulet (ou d’un globe, je n’ai jamais très bien su) et un éclair se fit dans mon esprit : Mais… si Richet était certain de l’existence d’un passage, il a dû essayer d’en avoir une preuve, de photographier les créatures… Il savait comment faire… Non ! C’est une photo d’Albert Londe ?

Clawdia me fit un grand sourire : j’aime bien quand tu te bernardifies, Bernardo. Oui, je crois aussi que la photo retrouvée aux Archives n’est pas de François-Joseph Fournier mais d’Albert Londe ; Albert Londe, le chef du service photographique de la Salpêtrière, engagé par Charcot père, qui avait développé, pour pouvoir capter les manifestations passagères de l’hystérie un appareil ultra rapide, dit chronophotographique, appareil dont Richet avait vite décidé d’employer pour saisir les apparitions furtives d’ectoplasmes.

Et je présume que Londe était souvent invité au Grand Ribaud  pour suivre les séances de spiritisme ?

Oui, et comme il adorait photographier les vagues et les bateaux, il se promenait souvent à Porquerolles. Et le 12 mars 1913, il devait être au Brégançonnet en même temps que Fournier.

À suivre...

Toute la troisième saison (épisodes parus)

Rappel : première saison (et le texte entier en un seul tenant)

Rappel : deuxième saison (et le texte complet d’un seul tenant)

Derrière ma lecture, « Dans les photos de Robert Doisneau« , par les Enfantastiques.

Aldor

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