
Muséum d’histoire naturelle de Toulouse
Ô Lectrice, Ô lecteur, as-tu déjà suivi les cheminements de l’esprit, les circonvolutions de la pensée qui trace sa route ? Eh bien contemple, car c’est chose merveilleuse !
J’avais été un peu vexé par la réflexion aigre-douce de Clawdia sur mes recherches au Musée Albert Kahn. J’y repensais donc, avec un certain dépit, tandis que nous sortions de la loge Le droit humain où nous avions lu les carnets de Sarah Bernhardt.
Tandis que nous repassions devant l’I.P.H. je regardais les bas-reliefs de Constant Roux, remarquant qu’ils étaient assez proches, dans leur façon, du buste de l’homme de Moustiers vu dans les collections Albert Kahn. Ce buste, pourtant, daté de 1921, n’était pas l’oeuvre de Roux mais celui d’Yvonne Parvillée, une sculptrice étrangement spécialisée dans deux créneaux très particuliers (et différents) : l’art religieux et les représentations paléontologiques
Le Muséum de Toulouse accueillant plusieurs de ses oeuvres, je m’étais promené sur son site, avais cherché des représentations de mammouth et en avais trouvé, dont une remarquable maquette de Philippe Lacomme intitulée Les animaux disparus : le mammouth.
J’y songeais quand, soudainement, boulevard Saint-Marcel, une question jaillit dans mon esprit comme le scorpion furieux sur la patte du dromadaire allant l’amble sur les vagues du désert (car moi aussi je taquine la muse) : mais comment savaient-ils donc, ces hommes des années 1910 qui ne connaissaient des mammouths que leur squelette ; comment savaient-ils donc que les mammouths avaient de longs poils, eux qui, pour modèles, n’avaient que des éléphants tristement glabres et imberbes (et des dépouilles venues d’une Sibérie où le froid est si vif que le poil pourrait y pousser après la mort) ? Comment le savaient-ils, si ce n’est parce qu’ils disposaient, en l’autochrome réalisé en mars 1913 par François-Joseph Fournier, d’une preuve irréfutable ?
De cette lumineuse intuition, trois faits désormais tellement indéniables qu’ils en devenaient avérés découlaient :
- Puisque c’est depuis l’autochrome réalisé ce jour là par François-Joseph Fournier que l’on sait de façon sûre que les mammouths ont de longues poils, il y avait bien un mammouth à Porquerolles le 12 mars 1913 ; comment aurait-il pu, sinon, être photographié ?
- L’autochrome n’étant pas reproductible, il faut bien, pour que le monde scientifique en ait eu connaissance, qu’il ait d’abord été perdu par François-Joseph Fournier ;
- Et comment le monde scientifique aurait-il mieux pu avoir connaissance de cet autochrome que par sa translation de la ferme de Notre-Dame à la montagne Sainte-Geneviève, par le même passage mystérieux que celui emprunté par les poissons porquerollais de l’IPH et le myrte du Jardin alpin, passage dont l’existence trouvait ainsi une preuve supplémentaire ?
Tandis que nous descendons la rue Poliveau vers l’ancien cours de la Bièvre, je livre ces éléments de réflexion à Clawdia, lui expliquant, avec la modestie qui m’est coutumière, que je n’ai fait qu’appliquer la méthode préconisée par Pierre Sogol dans Le mont Analogue : pour trouver, il ne faut pas chercher.
À suivre...
Toute la troisième saison (épisodes parus)
Rappel : première saison (et le texte entier en un seul tenant)
Derrière ma lecture, « La danse infernale du roi Katschei », tirée de l’Oiseau de feu d’Igor Stravinsky, dans la version Jazz de Palace of Mirrors.