Loge Le droit humain, rue Jules Breton

Notre train est arrivé gare de Lyon à 23h56. Chacun est rentré chez soi et nous nous sommes donnés rendez-vous le surlendemain, 17 août, à 8 heures, devant l’entrée de l’I.P.H., rue Panhard.

Le 16, je suis allé à Boulogne, au Musée Albert Kahn, pour vérifier s’il n’y avait pas trace, dans les autochromes répertoriés par les Archives de la planète de mammouth. J’ai trouvé quelque chose, mais il s’agissait seulement d’un buste d’homo mousteriensis (« époque glaciaire,  âge du mammouth » disait le carton) photographié au Museum de Monaco. Et rien sur Porquerolles.

Le 17 août, je suis à 8 heures devant le porche de l’I.P.H., frappé du blason monégasque. Clawdia arrive après un quart d’heure, m’expliquant, contre toute vraisemblance, qu’elle s’est trompée de sortie de métro ; et au lieu d’entrer dans le bâtiment, elle me prend par le bras et m’entraîne rue des Wallons.

Tu crois tout savoir, Bernardo, me dit-elle ; mais tu n’es pas aussi malin que tu crois et tu ne sais pas tout. Or moi je sais. Savais-tu, par exemple, que, compte tenu de leur proximité historique, géographique et idéologique, il est de tradition que les cadres de l’I.P.H, soient reçus en la loge Le droit humain, qui a son siège tout à côté ? ; que j’y ai donc été initiée ; et que notre amie Sarah Bernhardt avait été, en grand secret,  également initiée en cette loge féministe ? Non, tu ne le savais pas. Eh bien sache le. Et sache aussi, mon cher, qu’alors que le journal de bord de L’Hirondelle II se tait, à partir du 15 août 1913, sur les conversations porquerollaises, Sarah relate la suite des événements dans ses carnets, carnets qu’elle a légués à la Loge, et que j’ai découverts hier tandis que Monsieur tentait de recroiser, chez Albert Kahn, les informations confidentielles que je lui ai données ! Je t’aime bien mais tu as du mal à sortir de ta culture patriarcale ! Enfin ! Avançons.

Et passant, nous aussi, ordo ab chao, nous pénétrons dans les locaux de la rue Jules Breton.

Clawdia me guide vers la bibliothèque, me fait asseoir et ouvre un élégant petit carnet de cuir rouge : Porquerolles, 15 août : Richet a été fasciné par les révélations de mon Albert sur les poissons de l’I.P.H qui lui semblent confirmer sa théorie. Peut-être sont-ce certains ordonnancements des planètes qui créent un flux magnétique particulier, peut-être est-ce une sorte de grande marée, peut-être une ondulation de la matière et du temps, mais quelque chose se passe et parfois passe entre Porquerolles et Paris. Et Fournier a alors dit, tout agité : Mes amis, je n’y croyais pas moi-même, mais au point où nous en sommes… le 12 mars, le jour du mammouth, j’ai également vu, cru voir à tout le moins, dans la plaine de la Courtade, une sorte de gigantesque lézard, un lézard aux dents immenses et au regard terrible qui regardait vers l’Oustaou. Je l’ai vu, et puis il s’est brusquement évanoui. Et il a ajouté : Ce qui est bizarre, c’est que nos regards se sont croisés ; il m’a vu mais il a semblé ne pas me voir, comme s’il était là sans y être vraiment.

Toute la troisième saison (épisodes parus)

Rappel : première saison

Rappel : deuxième saison

Derrière ma lecture, La grenade, de Clara Luciani

Aldor

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.