Soleils couchants (devant les Sunset d’Andy Warhol)
BL, 2026

Les propos de Charcot laissent ses interlocuteurs médusés. Aussi est-ce comme abasourdis qu’ils rejoignent leurs calèches qui, ce 14 août 1913, les ramènent à la Ferme pour le dîner.

113 ans et un jour plus tard, le 15 août 2026, Clawdia et moi quittons également le Langoustier et reprenons nos vélos pour aller voir l’exposition Sea, Pop & Sun à la fondation Carmignac. Après avoir bataillé contre un chemin de retour qui se dégrade d’année en année (Ah ! l’entropie !), nous longeons la plage d’Argent ; croisons devant l’église les prêtres et la sœur italienne venus célébrer la messe de l’Assomption, cette élévation vers le ciel ; arrivons enfin à la Fondation, couverts de poussière.

Dans l’allée qui conduit au bâtiment, gardée par des statues de poissons et de requins armés d’instruments de musique, Clawdia me détaille les différents types de guitares (« Celle-ci, c’est une Finder… enfin je veux dire une Fender ; c’est intéressant, comme lapsus ») ; je lui montre ensuite le mammouth de Barceló ; puis nous nous déchaussons et nous engouffrons dans les escaliers descendant vers l’expo.

D’année en année, c’est toujours un peu la même chose qu’on voit à la Fondation, mais comme dans les variations autour d’un thème musical, on y trouve le plaisir dansant de la reconnaissance et de la nouveauté. Je suis tout de même frappé, en voyant la série des Sunset d’Andy Warhol qui ouvre le parcours, par le fait que ces boules de feu, ces presque disques, plutôt, ressemblent plus à des explosions, des amorces de champignon atomique, au cataclysme météoritique dépeint par Richet, qu’à des couchers de soleil. Et je suis également ému de la diffusion, dans une salle, de la chanson In the year 2525, qui comme un pendule, parle du futur mais ramène paradoxalement ses auditeurs près de soixante ans en arrière.

En sortant, nous passons par la librairie, et Clawdia découvre, sur le mur du fond, parmi des livres d’art et de photographie Le mont Analogue, de René Daumal, dans l’édition illustrée réalisée par Patti Smith. Elle s’étonne mais je lui explique, plastronnant un peu, que c’est moi-même qui, l’année dernière, ai convaincu Charles Carmignac (guitariste comme elle, précisé-je pour fayoter) d’organiser une exposition sur le thème des Îles analogues et d’en confier la direction à Patti Smith. C’est probablement pour cela que le livre se trouve ici.

Tout de même, observe Clawdia, visiblement sceptique sur ma capacité à orienter effectivement les choix artistiques de la Fondation, après le myrte qui fleurit au même moment à l’Oustaou et au Jardin alpin, et les obus du Fort de la Repentance qui se dirigent spontanément vers l’I.P.H. et la Salpêtrière, ça fait beaucoup de coïncidences, beaucoup de liens incompréhensibles entre Porquerolles et le Cinquième arrondissement de Paris ! Moi je pense qu’il y a anguille sous roche, un de ces trous de ver qu’évoquent les livres de science-fiction.

Et tandis que nous reprenons le bateau vers le continent, elle me lance, souriante, faisant sa Chauchat : à propos de trou de ver, as-tu lu l’Aleph, de mon cousin Borges ?

À suivre..

Toute la troisième saison (épisodes parus)

Rappel : première saison

Rappel : deuxième saison

Derrière ma lecture, In the year 2525, de Zager et Evans

Aldor

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