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J’ai reçu il ya quelques semaines de Clawdia Borgia, directrice de l’Institut de paléontologie humaine (I.P.H.) et chargée de recherche au Muséum, un mail étrange dans lequel elle m’indiquait qu’étant tombée « par hasard » (par hasard !, comme si l’information n’avait pas été reprise par la presse scientifique du monde entier !) ; bref…: qu’étant tombée prétendument par hasard sur mon enquête sur les mammouths de Porquerolles, elle avait soudainement fait le lien avec un document surprenant qui figure dans les archives d’Albert de Monaco que détient l’I.P.H., document dans lequel le prince et savant évoque une conversation qu’il a eue, sur son yacht L’Hirondelle II, avec François-Joseph Fournier mais aussi avec Charles Richet, propriétaire de l’île du Grand Ribaud. Comme ce document lui avait toujours paru bizarre, voire suspect, elle me demandait s’il me serait possible de lui rendre visite, afin que nous puissions l’examiner ensemble.
Nous avons pris rendez-vous (elle préférait que ce soit au Muséum plutôt qu’à l’I.P.H.) et c’est la semaine dernière que nous nous sommes vus.
Clawdia Borgia (Clawdia comme cette femme qui envoûte tous les personnages de la Montagne magique et Borgia comme la famille de papes et d’assassins), Clawdia Borgia est une femme toute fluette mais énergique et charmante. Elle m’a reçu dans son petit bureau de l’hôtel de Magny encombré de papiers, me priant de bien vouloir excuser le désordre et la vétusté des lieux et m’expliquant qu’un très prochain déménagement était prévu, le bâtiment s’enfonçant dans le sol, se tordant comme une tour de Pise et menaçant de s’effondrer. Ce serait bien dommage, m’expliqua-t-elle, non pas à cause du bâtiment, qu’elle n’avait jamais trouvé très joli, mais parce que ses sous-sols abritent les réserves du Muséum, la plus grande collection mondiale d’histoire naturelle. D’ailleurs, ajouta-t-elle, l’effondrement du bâtiment n’est pas sans lien avec le creusement de ses sous-sols ; la zone est pleine de carrières, de cavités et de souterrains qui conduisent les uns au Jardin alpin, les autres à la Seine, suivant l’ancien lit de la Bièvre, d’autres aux Catacombes, et les derniers au Passage des Patriarches, comme le savent, précisa-t-elle, les lecteurs de l’album L’affaire du collier de Blake et Mortimer.
Tiens tiens, le passage des Patriarches… Décidément, on ne s’éloigne jamais vraiment du Mont Analogue ai-je pensé in petto !
S’apercevant de ma réaction, qu’elle paraissait guetter, Clawdia Borgia me fit un sourire et se penchant vers moi, me dit doucement : « Vous savez, moi aussi j’aime beaucoup Patti Smith. D’ailleurs, à mes heures perdues, je suis bassiste… ». Puis, se redressant, elle me déclara : « J’ai préféré vous voir ici parce que les papiers que je veux vous montrer sont un peu délicats… Je préfère qu’on en parle pas trop au sein de l’I.P.H. »
Elle sortit alors d’un tiroir un grand livre à couverture de cuir, sur le plat duquel était gravé, en lettres d’or : « Hirondelle II – Journal de bord« .
À suivre…