
A la fraîcheur des églises, je préfère, de beaucoup, celle des bibliothèques. Comme je préfère leur silence, le tamis de leur lumière et la qualité particulière de l’ambiance de respect qui y règne.
Il y a toujours, dans les églises, quelque chose d’une veille humidité qui paraît monter du sol et des pierres, des pierres noircies et un peu moussues par l’âge. Il y a toujours, dans le silence qui s’y fige, une sorte de crainte du sacrilège, du mot plus haut que l’autre et de son cortège de bûchers et de malheureuses sorcières condamnées parce qu’elles voulaient savoir ou qu’elles dérogeaient. Il y a toujours, dans l’attitude priante, dans les mots échangés bas, dans le soin montré à ne pas faire scandale, un relent de soumission apeurée, comme dans ces fronts penchés, le regard tourné vers la terre, quand retentit, durant les messes, la sonnette de l’eucharistie. Il y a, dans la lumière même des églises, dans la magnifique lumière colorée que laissent filtrer les vitraux, une préférence pour l’ombre, un refus de la nudité du soleil.
J’aime, à Sainte-Geneviève, à la Bibliothèque Forney ou à la Nationale ; j’aime prendre un livre sur n’importe quel sujet, le déposer sur les grandes tables de bois, le lisser, une fois ouvert, du dos de ma main, tirer un carnet et un stylo de ma poche ou de mon sac et prendre des notes, apprenant tout de ce dont je ne connaissais rien, découvrant des mondes et des savoirs nouveaux, abordant des terres qui m’étaient jusqu’ici étrangères.
J’aime le silence et le respect que j’y pratique et qui m’entourent, qui sont hommage, non pas servile mais fier, hommage à hauteur d’homme, pour toutes les femmes et tous les hommes dont le travail et la patience permirent à ces livres de naître et d’être conservés : auteurs, savants, artistes, ingénieurs, imprimeurs, collectionneurs, bibliothécaires, et jusqu’à ces moines copistes, dont, bien des siècles après, je goûte, reconnaissant, le long travail patient et recopie, à mon échelle, les gestes ; ressentant, moi aussi, le plaisir et la satisfaction qu’il y a, une plume à la main, à apprendre ; apprendre non de Dieu mais de la belle humanité ; apprendre et rester béat, admiratif, ravi, devant l’immensité des catalogues.