
On prend rarement conscience (et c’est normal, et c’est très bien ainsi ; vivre en rendant continuellement des actions de grâce, ce ne serait pas vivre et ce serait finalement mépriser ce qui nous est donné) ; on prend rarement conscience de la beauté du monde.
Et puis parfois, ça nous arrive sans crier gare. Et on tombe dans le saisissement.
Ainsi, hier, traversant le jardin du Luxembourg, avec ces chaises en désordre, ces feuilles déjà tombées sur la terre assoiffée, ces sihouettes de femmes, ombrelles à la main, faisant ombres de Chine sur la blancheur du palais, et cet éparpillement, partout, de taches de lumière, de taches tombées du toit des arbres, cet éparpillement que je dois à la peinture d’avoir un jour appris à voir.
C’était beau. Beau à s’agenouiller. Presque une épiphanie.