Café de la Place, rue du Montparnasse

Ce qui est extraordinaire, étonnant, délicieux, et d’une certaine façon apaisant et confortable, à Paris comme à Londres, New-York et certainement plein d’autres villes, mais pas toutes (et de toutes façons,  toutes je ne les connais pas) ; ce qui est extraordinaire, étonnant, délicieux, et d’une certaine façon apaisant et confortable, à Paris du moins, c’est la confusion, la confusion extrême des volontés et des projets, des actions et des mouvements, des décisions et des gestes, confusion qui fait qu’à chaque instant, chaque instant presque du jour et de la nuit, on se retrouve dans la rue avec des milliers de personnes, qui boivent, rient, discutent, poussent leur vélo, joggent, pleurent, racontent leurs histoires d’amour, leurs chagrins d’amour, leur dégoût, leurs désirs, lisent, flânent, regardent les passants, dînent, goûtent, déjeunent ou mangent sur le pouce, regardent un match, jouent au ballon, vont au théâtre ou sortent d’un cinéma, prennent un train ou descendent d’un avion, lèchent une glace ou s’emmêlent dans une barbe à papa, portent un colis ou tirent un sac à provisions, vont à l’école ou reviennent du bureau ; des milliers des personnes qu’animent mille volontés diverses, mille velléités indépendantes les unes des autres, indifférentes les unes aux autres, et qui cependant, à cet instant, à cet instant précis, se mêlent dans la rue, s’entremêlent les unes aux autres, créant quelque chose qui fait corps, qui fait corps et cœur battant, quelque chose qui vit, qui vit, naît et surgit de ce désordre même, de cette absence de volonté commune, de ces désirs qui s’entrecroisent, se nourrissent de cet entrecroisement, du plaisir d’être là ensemble, faisant naître de ce mouvement brownien, de ce méli-mélo, de cette confusion des volontés, quelque chose qui ressemble à un ballet, à un ballet magnifique et joyeux.

Aldor

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.