Planche en vélin de l’Atlas Miller présentée à la BnF à l’occasion de l’exposition sur les Cartes imaginaires

En 195, sous le règne de Ptolémée V, quatrième successeur de Ptolémée Sôter, la direction de la bibliothèque d’Alexandrie passe d’Eratosthène, mesureur de la circonférence de la terre et inventeur du crible permettant de déterminer si un nombre est premier, à Aristophane de Byzance, un grammairien réputé en son temps mais surtout connu aujourd’hui pour avoir été limogé de son poste car il avait envisagé de fuir Alexandrie pour rejoindre Pergame, où Eumène II venait de fonder (en 197, dit-on), au sein du sanctuaire d’Athéna, une bibliothèque qui prétendait rivaliser avec celle d’Alexandrie.

Découvert, Aristophane est semble-t-il emprisonné, démis de son poste, remplacé par Aristarque de Samothrace ; et Ptolémée V décide d’établir, à l’encontre de Pergame, un embargo sur l’exportation de papyrus (car, sans papyrus, il n’y a ni volumens, ni bibliothèque ; et c’en est fini des ambitions de Pergame).

On entre toutefois ici dans des contrées et des moments où les sources sont moins sûres, et où les interprétations, voire les inventions, prennent souvent le pas sur les informations certaines, comme dans les Terra incognita des vieux atlas peuplées de monstres étranges. Toujours est-il qu’au dire de Pline l’Ancien (pas tout à fait un contemporain de l’événement : il vécut trois siècles plus tard et mourut en 79 dans l’éruption du Vésuve ; sa mort fut décrite par son neveu Pline le Jeune dans un texte sur lequel s’échinent les apprentis latinistes) ; au dire de Pline l’Ancien, donc, reprenant Varron pas beaucoup plus contemporain que lui, cet embargo de Ptolémée V sur les papyrus exportés vers Pergame priva la bibliothèque de cette ville du matériel nécessaire à son fonctionnement, et obligea les autorités de la cité à inventer autre chose.

Je joue contre mon camp mais je me dois de mettre mon gentil lecteur en garde : l’histoire qui suit est plaisante, elle est douce à entendre, mais elle est, à de nombreux égards, étrange : pas seulement parce que trois siècles séparent Ptolémée V de Pline l’Ancien mais parce que l’idée (et a fortiori la réussite) d’un embargo sur le papyrus sont un peu suspects : se priver totalement des revenus tirés de la vente de ce bien aurait été un gros sacrifice pour l’Egypte, et en interdire l’exportation à la seule Pergame aurait probablement été inefficace ; le papyrus était très largement échangé sur les marchés méditerranéens (notamment à Byblos, d’où semble provenir l’autre mot grec désignant le papyrus, βιβλίον, qui finira par signifier aussi le livre et servira de racine à tous les mots liés au livre), et un embargo géographiquement limité aurait été facilement contourné.

Quoi qu’il en soit, Pline l’Ancien prétend que, privés de la ressource du papyrus égyptien, les bibliothécaires de Pergame eurent l’idée de recourir à une technique ancienne mais qu’à cette occasion, ils améliorèrent grandement, celle de l’écriture sur peau de bête, qui allait passer à la postérité sous le nom de peau de Pergame : pergamena, devenu parchemin.

Aldor

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