Le livre tel que nous le connaissons aujourd’hui n’existe pas dans l’antiquité. Les œuvres, à l’époque, se présentent sous forme de volumens, volumens qui, en dépit de leur nom, ne sont pas du tout des volumes reliés (ce qui s’appelle codex dans le langage savant) mais des rouleaux de feuilles de papyrus (feuilles de papyrus ! Voilà une dénomination bien ambiguë, comme on le verra plus bas) collées les unes aux autres de façon à former une bande de plusieurs mètres enroulée sur un ou deux axes de bois, à la façon du Sefer Torah des synagogues. Pour les lire, on déroule d’un côté et on enroule de l’autre.

Sefer Torah exposé à la synagogue de la Glockengasse, à Cologne (source Wikipédia).

Sur la matière première de ces volumens, les Égyptiens disposent alors d’un double (peut-être même d’un triple) monopole :

  • Bien qu’elle soit originaire de l’Afrique subsaharienne, la plante papyrus (une sorte de roseau qui peut mesurer quelques mètres de haut) s’est bien acclimatée aux rivages du Nil mais, sauf rares exceptions (la fontaine d’Aréthuse à Syracuse, notamment), on ne ne la trouve pas plus au nord. L’Égypte est le seul lieu de l’espace méditerranéen où elle pousse en abondance.
  • Seuls les Égyptiens maîtrisent, en amont même de la technique d’assemblage des volumens, celle de la fabrication du papier de papyrus (Oui ! le mot papier vient du mot papyrus) à partir de la tige (et non de la feuille, donc) de bambou. Il faut découper celle-ci en fines lamelles d’une trentaine de centimètres de long, les faire ramollir pendant des jours ou des semaines dans l’eau, les assembler en deux couches, l’une (où l’on écrira) où les lamelles sont ordonnées horizontalement et l’autre (la couche du dessous) où elles sont ordonnées verticalement, les deux couches étant pressées fortement l’une contre l’autre pour en exprimer l’eau et pour que la sève, sortant des fibres, agisse comme de la colle ; laisser sécher enfin le papier ainsi fabriqué tout en maintenant une certaine humidité pour que les feuilles, qui auront été grattées pour être plus lisses et ne pas accrocher la plume (ou plutôt le calame), demeurent souples.
  • Les Égyptiens connaissent enfin l’art du collage des feuilles entre elles, qui permet d’obtenir des rouleaux de plusieurs mètres de long, semblables à celui des 120 journées de Sodome ou du manuscrit de Sur la route, de Jack Kerouac (toutefois écrits sur papier et  dans l’autre sens) .

Comme pour les terres rares et la Chine aujourd’hui, seuls les Egyptiens maîtrisent l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement et de fabrication des volumens. Il n’y a donc pas, dans tout l’Occident (et même dans le monde entier, car c’est quelques siècles plus tard que la Chine inventa le papier que nous connaissons aujourd’hui) ; il n’y a pas, dans le monde entier, de livre ou de bibliothèque imaginable sans papyrus égyptien.

Du moins est-ce ce qu’on pouvait croire.

Aldor

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