Ce qui doit être dit, ce qui peut être tu ;
Ce qui peut être dit, ce qui doit être tu.

Certaines choses doivent êtres tues : ce qui n’existe et n’a de réalité que dans l’action ; ce qui, à être dit quand ça devrait être fait, devient, à n’être que dit, une caricature, un mensonge, un crime contre l’esprit.

Doivent aussi être tues, sans doute, les pensées de dénigrement : ces propos qui nous abaissent comme ils abaissent ceux à qui ils s’adressent et qu’on prononce avec une joie mauvaise. Salissure !

Il y a plein de choses qui peuvent être dites et tues ; elles sont légion, celles-là, innombrables.

Et puis il y a ce qui doit être dit, qui meurt de ne pas l’être ou qui, dans le silence, ne peut pas naître : le remerciement, l’aveu, la demande de pardon, la déclaration d’amour, la prière. Car c’est dans leur prononciation à haute et intelligible voix, dans leur publicité, qu’ils adviennent et sortent du néant. L’acte est ici aussi dans la parole, dans le courage, l’humilité de la parole qui s’engage, qui s’expose, accepte de se tromper, d’être moquée et d’être démentie.

Et peut-être, dans certains cas, ce qui doit être dit doit-il être tu. C’est le noeud des tragédies classiques, ces serments d’amour qu’on préfère taire car ils sont déchirants.

Aldor

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