On pourrait rester, des heures durant,
À regarder un chat faire sa toilette,
Les vagues sur la mer,
Un arbre dans le vent.

On pourrait rester, des heures durant,
Devant le ciel et ses étoiles,
Un vol de cigognes,
Une rivière coulant.

On pourrait rester, des heures durant,
Dans les rues d’une grande ville,
À regarder passer les gens,
Dans tous ces beaux habits devant les monuments.

On pourrait rester, des heures durant,
À admirer des yeux, une bouche, un sourire,
Une mèche, une nuque,
Une oreille, des cils.

On pourrait rester, des heures durant,
À béer devant le monde,
Ses parfums, ses couleurs, ses bruits,
Son perpétuel jaillissement.

Mais pour vivre, il faut s’arracher
À la contemplation des choses ;
Pour vivre, il faut dédaigner ;
Faire comme si de rien n’était ;

Pour vivre, il faut accepter
(Et vrai : que c’est difficile !)

Cette prodigalité insensée
Et agir comme si tout cela :
Les sourires, les étoiles,
La fleur, le colibri,
La trompe de l’éléphant
L’Ève du tympan d’Autun,
Comme si tout cela allait de soi.


La photo représente la magnifique Ève de Gilbertus, qui ornait autrefois le tympan du petit porche de la cathédrale d’Autun, et qui est aujourd’hui conservée au Musée Rolin. Elle aussi est dédaigneuse et fait comme si de rien n’était.

Aldor

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