Quelque chose manque dans ces visages masqués,
Et ça n’est pas la bouche ; et ça n’est pas la bouche.
Quelque chose manque dans ces visages masqués,
Et c’est aussi le nez.

Sans la bouche, tous les yeux manquent de cette chose là
Qu’on nomme intention dans les cours de théâtre :
Cette façon de signifier ce que l’on veut,
Le sens, finalement, de tout ce que l’on fait.

Sans la bouche, les yeux ont un air panique,
Ou vide, ou impassible, ou dénués d’envie.

Mais le nez…
Le nez, c’est autre chose :
Une quille plutôt, ou bien un gouvernail,
Quel chose qui montre de quel côté l’on va,
Quelle est la direction.

Les visages sans nez ressemblent à des boules,
À ces faces sans devant et derrière,  sans axe,
A cet Humpty Dumpty qu’on trouve chez Alice,
Et qui est tout le contraire de Cyrano :
Un crâne d’œuf sans aspérité et tout lisse.

Quant aux masques portés sous le nez comme souvent,
Ce nez, alors, envahit la figure,
Qui n’est plus alors que cela :
Un promontoire dressé sur une bouche absente,
Et, dans chaque visage, on voit une Yubaba.

Allant de masque en masque dans les rues de Paris,
De nez masqués en démasqués,
Je croise Humpty Dumpty, je croise Yubaba,
Et me construis ainsi de nouvelles aventures,
Celles de Chihiro au pays des merveilles.

Aldor

2 Replies to “Entre Yubaba et Humpty Dumpty : le nez”

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