Qu’il ait créé le monde aurait dû nous mettre la puce à l’oreille : crée-t-on des mondes quand on est bien dans ses baskets, je vous le demande un peu ?

Il devait bien y avoir, quelque part au fond de lui, une sorte de démangeaison, de vide, et pas tout à fait négligeable pour qu’un univers tout entier jaillisse de ce manque à combler !

N’aurait-il donc pas pu se contenter d’être lui-même ? Un tout confortablement installé dans sa propre totalité et jouissant de sa propre personne, rien dans les mains, rien dans les poches ?

Mais non ! Six jours à travailler, à tout bâtir à partir du néant ! Il fallait que l’ennui fut bien grand, l’appel de l’Autre bien pressant, et le désir immense.

Mais est-ce encore, à ce point, du désir ? « Besoin » serait sans doute plus juste : un besoin de distraction.

Ça n’était pas la mort qu’il voulait fuir, bien sûr, plutôt l’éternité. On le comprend : une éternité de solitude, quel cauchemar !

Et voilà pourquoi votre fille est muette, muette dans la splendeur des étoiles et des cieux : pour que Dieu se divertisse.

Et nous sommes les enfants de ce profond ennui,
Des bouts de rêve lancés contre le cauchemar,
Une Shéhérazade mise au chevet de Dieu
Et qui, jour après jour, lui donne envie de vivre.

Et nous tenons la vie de qui nous l’a donnée.


La photo représente un des visages de la statue Les quatre saisons, de Louis Convers, qui se trouve à gauche de l’escalier du Petit Palais, à Paris, quand on le monte. Quel étrange spectacle que celui de ces yeux qui s’ouvrent et regardent dans un visage plein de jeunesse et cependant rongé par le temps !

Aldor

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