J’ai marché, marché, marché. Marché jusqu’aux limites lointaines de la ville, là où celle-ci s’arrête pour laisser place à autre chose : des champs, des arbres, des oiseaux, des buissons ; de la terre gorgée de pluie et couverte de flaques profondes et bourbeuses, marécageuses ; de grandes étendues sauvages où règnent, indomptés, maîtres des lieux, des insectes rampant et tissant leur cocon, des loups hurlant dans la nuit, des chiens redevenus sauvages, des araignées énormes, agressives, courant sur le sol, des fleurs vénéneuses aux gousses empoisonnées, des choses sans nom surgissant et fouettant l’air de leurs ailes vrombissantes : un défoulement terrible et barbare, monstrueux, inhumain ; un déchaînement sans mesure et plein de terreurs ; la nature s’épouillant rageusement de l’emprise du béton et du goudron.

J’ai vu tout cela. Ou du moins j’ai cru le voir : derrière le boulevard, une fois franchie la chaussée, aussi loin que porte le regard, il n’y a plus d’immeubles, plus de route, plus d’acier. Seulement un terrain vague, un vide immense abandonné de l’homme, une prairie où le vent trace des ondes tournoyantes et absurdes, menaçantes. Plus loin encore, quelques bois se dessinent comme des taches noirâtres, et puis l’horizon, qui se noie dans les nuages, sans que rien de vertical, de construit, d’orgueilleux, ne vienne briser sa ligne.

La nature. Humble, humide, poisseuse.

Aldor

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