Il se pourrait bien
(Et certains, par moments, paraissent l’espérer)
Que l’homme,
Trahi par son orgueil, son irrespect, ses salissures, sa vanité,
Finisse par débarrasser le plancher.

Et la terre, la mer, le monde et l’univers
S’en remettront très bien,
Et les petits poissons, les abeilles, le soleil et les glaciers.

Et pourtant !

Il y a, dans la conscience
(Ô combien, je le sais, inconsciente, de l’homme !),
Dans le regard qu’il porte sur les choses,
Les mots dont il décrit les êtres,
La conception qu’il a de la création,
La représentation qu’il en donne,
Cette recréation perpétuelle du monde,
Maladroite et somptueuse,
Qui jaillit au travers du langage et de l’art,
De la musique, des chants, des sciences, de la mémoire,
Quelque chose qui,
Dans sa disparition,
Laisserait le monde orphelin.

Il n’est pas besoin d’hommes pour voir le soleil se lever,
Pour que jouent les baleines et que trillent les merles,
Pour qu’Andromède, très loin, trace sa route magnifique,
Pour que tourne le monde comme il l’a toujours fait.

Mais sans mots pour décrire la profondeur des gouffres,
La fraîcheur de l’eau ou l’éclat des étoiles,
Sans mots pour raconter la douceur de la brise,
Le parfum du jasmin et la splendeur du jour,
Sans mots pour conjuguer le verbe aimer,
Quelque chose, à jamais, manquera : un gâchis.

Mais l’homme ayant chuté une nouvelle fois,
Une nouvelle fois il sera chassé
De ce qu’il comprendra alors (mais trop tard)
Avoir été le Paradis.


C’était à Porquerolles, il y a quelques années, un lever de soleil depuis la batterie des Mèdes.

Aldor

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