Skip to content
Menu
Lignes
  • Accueil
  • Aldor
  • Improvisations
  • Images
  • Promenades
Lignes

La petite femme aux allumettes

Posted on 4 février 20205 février 2020

C’était une femme recroquevillée sur le seuil d’une porte, rue du Faubourg Saint-Honoré. Sur ses genoux repliés, elle serrait une couette, et elle regardait le monde de ses yeux clairs et tristes.

Elle faisait penser à la fois à Andersen, et à cette belle femme, plongée dans la crise américaine avec ses enfants, que Dorothea Lange a photographiée, en 1936, en Californie.

C’est son assise sous un porche, sa couverture et la finesse de ses traits qui rappelaient ces deux icônes de la pauvreté, la petite fille aux allumettes, et cette Florence Thompson, « Mère migrante » abritée sous une tente durant la crise des années Trente. Elle aussi paraissait avoir tout perdu, hormis cette couette sur ses genoux.

Je suis passé d’abord sans la voir – je veux dire : en détournant volontairement les yeux ; puis me suis arrêté, retourné et suis revenu vers elle.

C’est cela qui est difficile parfois : non pas aller mais s’arrêter et revenir quand on avait décidé de ne pas voir.

Ce n’est pas le plus difficile au monde. Il y a des choses bien plus difficiles, évidemment, et plus pénibles. Mais il est plus difficile de revenir que d’aller parce que c’est reconnaître une erreur de jugement ou d’attitude, et qu’il est plus facile de persévérer et de s’entêter que de reconnaître cela.

Et puis il faut aussi, pour revenir, ne pas s’arrêter à cette idée, qui a pourtant aussi sa part de vérité, qu’on ne fait, ce faisant, que s’acheter une bonne conscience à petit prix. Même à la tentation décourageante de cette idée, et à l’idée qu’elle est peut-être vraie, il faut résister.

Résister aussi au malaise qu’on peut éprouver à l’idée qu’il est sans doute injuste de lui venir en aide à elle, sous prétexte qu’elle rappelle une photo ou un personnage de conte, alors qu’il y en a tant d’autres qui mériteraient comme elle d’être aidés – et c’est pourtant la stricte vérité.

Ce à quoi il faut résister, c’est à l’orgueil de la perfection, à l’idée que les choses ne devraient être faites ou n’ont de valeur que si elles sont parfaitement faites – ce qui est le meilleur moyen de ne jamais rien faire.

C’est à ce mouvement d’orgueil qu’il faut résister, sans pour autant verser dans le contentement, comme on avait justement craint de le faire.

Essayer dignement, simplement, de tenir les deux bouts en faisant au mieux.


Photographie : Dorothea Lange : Migrant Mother (1936), (c) Library of Congress

Partager :

  • Cliquer pour partager sur X(ouvre dans une nouvelle fenêtre) X
  • Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Facebook
  • Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre) WhatsApp
  • Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre) LinkedIn
  • Cliquer pour imprimer(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Imprimer
  • Cliquer pour envoyer un lien par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre) E-mail

J’aime ça :

J’aime chargement…

Articles similaires

Laisser un commentaireAnnuler la réponse.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Divers

  • Connexion
  • Flux des publications
  • Flux des commentaires
  • Site de WordPress-FR

Articles récents

  • Épiphanies
  • Les rues sombres
  • 7 octobre
  • Là-bas
  • Le plaisir de l’incertain

Commentaires récents

  • etoile31 dans Épiphanies
  • etoile31 dans Les rues sombres
  • Aldor dans Là-bas
  • etoile31 dans Là-bas
  • etoile31 dans Le plaisir de l’incertain

Catégories

  • Les grandes enquêtes d'Aldor
  • Des mammouths à Porquerolles
  • Uncategorized
  • Dystopie
  • Haïku
  • Un autre mystère à Porquerolles
  • poème
  • Question
  • Souvenirs
  • Carnet
  • Farce
  • Rêve
  • Fable
  • Conte
  • Idées
  • Tics
  • exercices de style
  • Fantastique

Archives

  • janvier 2026
  • octobre 2025
  • septembre 2025
  • août 2025
  • juillet 2025
  • juin 2025
  • avril 2025
  • mars 2025
  • février 2025
  • janvier 2025
  • décembre 2024
  • mars 2023
  • février 2023
  • janvier 2023
  • décembre 2022
  • novembre 2022
  • octobre 2022
  • septembre 2022
  • août 2022
  • juillet 2022
  • juin 2022
  • mai 2022
  • avril 2022
  • mars 2022
  • février 2022
  • janvier 2022
  • décembre 2021
  • octobre 2021
  • septembre 2021
  • août 2021
  • juillet 2021
  • juin 2021
  • mai 2021
  • avril 2021
  • mars 2021
  • février 2021
  • janvier 2021
  • décembre 2020
  • novembre 2020
  • octobre 2020
  • septembre 2020
  • août 2020
  • juillet 2020
  • juin 2020
  • mai 2020
  • avril 2020
  • mars 2020
  • février 2020
  • janvier 2020
  • décembre 2019
  • novembre 2019
  • octobre 2019
  • septembre 2019
  • août 2019
  • juillet 2019
  • juin 2019

Méta

  • Connexion
  • Flux des publications
  • Flux des commentaires
  • Site de WordPress-FR

Aldor (le blog)

Album de famille : le musée Albert Kahn

Album de famille : le musée Albert Kahn

Je ne reviens pas, je ne reviens jamais de l’émotion qui me transporte à la vue de mes semblables, de ces êtres qui se savent si petits et si fragiles et qui pourtant, au même moment, se tiennent dignes, radieux et pleins d’espoir face à la vie.

Horizons perdus (de James Hilton)

Horizons perdus (de James Hilton)

La Cerdagne, cette haute vallée plongée dans l’éclat du soleil et dominée par la pyramide du Carlit ; la Cerdagne ressemble à Shangri-La, cette vallée bleue tibétaine massée au pied du Karakal, suspendue dans le temps et l’espace, décrite par James Hilton dans Horizons perdus.

Hécube, pas Hécube (de Tiago Rodrigues)

Hécube, pas Hécube (de Tiago Rodrigues)

Il y a la scène, qui n’est pas simplement le miroir mais le lieu de la répétition, le lieu singulier de la répétition, d’une répétition qui jamais ne se répète : simul et singulis. La scène est le lieu passeur de mondes, sorte d’Aleph où se crée, se façonne, évolue, sous la parole sage et prophétique du choeur, ce qui n’est pas encore figé, où se crée ce qui sera plus tard avant que le plus tard, que le trop tard n’advienne.

Une révolution intérieure (de Gloria Steinem)

Une révolution intérieure (de Gloria Steinem)

Les histoires que raconte Gloria Steinem dans Une révolution intérieure font penser à Modesta, la magnifique héroïne de L’Art de la joie, de Goliarda Sapienza. Ce sont des récits de renaissance, de naissance peut-être, à tout le moins de libération.

Printemps silencieux (de Rachel Carson)

Printemps silencieux (de Rachel Carson)

Le livre de Rachel Carson, à la fois solidement documenté et écrit avec poésie et humanisme, ne fut donc pas sans effet, il s’en faut de beaucoup. Et pourtant, soixante ans après, comme cinquante ans après le rapport Meadows, comment ne pas constater qu’il fut vain, en ceci que tout ce qu’il disait est à redire, que tout ce qu’il avait permis de commencer est à recommencer ?

Improvisations

Au milieu, l’infini

Au milieu, l’infini

Il y a un charme singulier à saisir, puis découvrir, puis explorer chaque jour davantage, la richesse, l’inépuisable richesse de celles et ceux que l’on côtoie et dont chacune et chacun constitue un labyrinthe, un monde infini dont on sait seulement qu’on n’aura jamais le temps de le connaître, de le connaître jusqu’au bout pour autant qu’on ait la force, la force, la patience et le courage d’aimer.

Read the postAu milieu, l’infini

Errare iam non humanum est.

Errare iam non humanum est.

La grande nouveauté des grands modèles de langage (LLM), ce n’est pas seulement leur troublante capacité à reproduire le raisonnement et la créativité humaines, mais leur propension à se tromper, à bugger, glitcher, halluciner, comme si l’intelligence, qu’ils simulent de façon si convaincante, allait de pair avec la possibilité, la capacité de commettre des erreurs,

Read the postErrare iam non humanum est.

Rouge à lèvres

Rouge à lèvres

Le rouge à lèvres, ce maquillage dont la couleur et l’utilisation sur la bouche rappellent fortement (quoique métonymiquement) les manifestations de l’œstrus chez certains des autres grands singes

Read the postRouge à lèvres

Effet de langage

Effet de langage

L’intelligence des choses est tellement structurée comme un langage qu’on peut même se demander si elle n’est pas un effet de langage.

Read the postEffet de langage

Choux de Bruxelles

Choux de Bruxelles

Coupés en deux ou en quatre puis longuement rissolés dans une poêle avec de l’huile d’olive, les choux de Bruxelles n’ont rien, mais alors strictement rien à voir avec la chose fétide qu’on nous forçait à manger à l’école.

Read the postChoux de Bruxelles

Images

Guirlandes

Guirlandes

Velléda sous la neige

Velléda sous la neige

George Sand sous la neige

George Sand sous la neige

Pont des Arts sous la neige

Pont des Arts sous la neige

Pyramide au bonhomme de neige

Pyramide au bonhomme de neige
©2026 Lignes | Powered by SuperbThemes
%d