
C’est étrange comme des choses sans forme et sans vie :
La neige et le sable, par exemple,
Savent si bien imiter le modelé,
Le grain fin et soyeux de la chair,
Et réveiller en nous ses émotions.
Quoi de plus amorphe,
De plus stérile,
De moins sensuel,
Qu’un grain de sable ou un flocon de neige ?
Et pourtant,
De leur lutte,
De leur danse,
De leurs longues épousailles avec le soleil et le vent,
Naissent des dunes et des ondulations,
Des ventres et des cuisses,
Des croupes et des fesses,
Des mamelons de gentille géante alanguie.
J’aime me promener dans ces étendues féminines,
Dans ces chairs immenses et maternelles
Recouvrant de rondeur, de douceur,
D’une infinie douceur,
Les aspérités des montagnes,
Les revêtant de candeur et d’éclat,
Manteau tendre et fragile d’une belle endormie
Que percent, ça et là, nouvelles nées du printemps,
Les fleurs de safran.