
On les voit de loin, avec leur blouse bleue et leur grand filet à papillons, et partout : dans les vignes et les plaines, les collines et les rochers, les chercheurs du Muséum et du Parc national poursuivant perdrix et faisans en quête du dinosaure perdu.
Cela a commencé dès le début d’année. Très vite, les biologistes envoyés ici pour enquêter ont été surpris de l’abondance, de la vigueur exceptionnelle du petit gibier présent à Porquerolles, et le lien s’est naturellement fait avec la force des ancêtres T-Rex qui, il y a quelques dizaines de milliers d’années encore, ébranlaient de leurs lourdes pattes griffues le sol de l’île. C’est pourquoi il a été décidé par les plus hautes autorités (« les plus grandes chiefs » comme me dit Ingrid avec son accent à la Jane Birkin) de procéder à un inventaire approfondi, méthodique et exhaustif du patrimoire génétique des perdrix et faisans de l’île – projet qui suppose naturellement qu’ils aient préalablement été attrapés.
Mais avez-vous déjà essayé d’attraper une perdrix ? Je l’ai fait et puis vous dire que c’est loin d’être facile. Et à peine en a-t-on attrapé une qu’elle avertit les autres par ses cris,… mais je m’égare…
Revenons donc à nos dinosaures : l’objet de la quête est de trouver, en cheminant le long des arbres génétiques, la perdrix la plus antique, la plus proche du T-Rex initial, de façon à pouvoir évaluer par différenciation des ADN, la date à laquelle cette lignée de gallinacées s’est séparée de son ancêtre américain, et donc la date à laquelle les derniers dinosaures ont foulé le sol de l’île. Car c’est cela qui intrigue les chercheurs : pourquoi les T-Rex, qui étaient encore nombreux à franchir le portail temporel de Porquerolles au temps des mammouths (on en veut pour preuve les débris rocheux accumulés au pied des falaises), pourquoi ne sont-ils plus revenus ensuite ? Et pourquoi les descendantes et descendants de la courageuse chasseresse ont-ils jugé possible et nécessaire de rendre illisibles les mises en garde patiemment gravées sur les parois de l’abri de la Grande huître ?
À l’heure de la fermeture, les langues se délient chez les buveurs du Côté Port. Et l’on entend des choses. Ainsi, Michel Métaireau qui, en confidence, glisse à son voisin que les T-Rex (il le sait de source sûre !) n’ont pas disparu, mais qu’ils sont, sous l’effet de ce phénomène bien connu qu’on appelle le nanisme insulaire,… ILS SONT DEVENUS LES PERDRIX !
Oui, me confirmera plus tard Ingrid en riant : « Partridge is the new T-Rex« . Les T-Rex sont devenus perdrix et c’est pourquoi les perdrix porquerollaises ont (comme les taons, d’ailleurs, qui ont dû se gorger de leur sang) cet air particulièrement féroce qui les distingue des perdrix ordinaires.

Et voilà : cette enquête serait finie si l’on n’avait appris, ce matin, que venait de jeter l’ancre, devant le port, le Launchpad.
Que diable Mark Zuckerberg vient-il faire ici ?
En illustration musicale, Vive la chasse, de Bourvil.
À suivre…
Les commandos du Rien, les Brigades du vide…
Tant que cela les occupe, ils n’emmerdent pas autrui…