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Être, laisser voir, montrer

Posted on 12 mars 202012 mars 2020

L’autre jour, au bureau, lors d’une réunion, un collègue à qui il avait été demandé d’expliquer quelque chose n’expliquait rien, se contentant de montrer qu’il avait compris, qu’il avait compris car il était intelligent – ce qui était, semble-t-il, le seul véritable objet de son discours. Et nous étions atterrés par le spectacle de cet homme que rendait ridicule le souci de montrer son intelligence.

Il m’est évidemment arrivé mille fois d’agir de même et de vouloir montrer (pris dans son acception intentionnelle) ce qui ne doit l’être en aucun cas sans immédiatement se briser, comme un charme dont on mésuserait.

Car il en va des qualités comme des vertus et des sentiments les plus délicats : elles doivent être utilisées avec pudeur et chasteté, et l’étalage leur est fatale. Être, laisser voir mais en aucun cas ne montrer car la grâce s’anéantit de cette monstration.

Il y a des qualités, des vertus, des sentiments, des émotions, qui émanent naturellement de la personne et se laissent voir quand elles sont présentes. Ainsi en va-t-il du bonheur, de la tristesse mais aussi de certaines formes de bonté et de gentillesse.

Dans d’autres cas, le choix paraît ouvert de montrer ou de celer ce qu’on ressent : faut-il mieux dire et montrer son amour ou se contenter de le laisser paraître ? Je ne suis pas sûr d’être, sur ce point, du même avis que celle que j’aime ; et certainement cela dépend-il des circonstances.

Dans d’autres cas enfin, la discrétion et la pudeur paraissent indissociables de la vertu et de la qualité car elles en sont l’autre face : une beauté qui se pavane, une intelligence qui pérore, un talent qui roule des mécaniques chutent immédiatement des hauteurs de la grâce où les plaçait l’ingénuité pour rouler dans la pesanteur.

Les choses les plus essentielles et les plus fragiles sont chastes et pudiques.


La photo d’illustration, retournée, a été prise au Jardin japonais Pierre Baudis, à Toulouse.

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