Je me demande ce que recouvre cette fascination des églises pour le martyr,

Celui du Christ, des saints ou des damnés,

Ce souci gourmand et maniaque de la plaie, de la déchirure, de l’écartèlement, du supplice,

Ce voyeurisme de la détresse et du désespoir.


Comment a-t-on pu, du sacrifice de la Passion,

Faire un modèle de vie,

Alors qu’il fut le contraire ?

Non pas : « Je me sacrifie pour que vous en portiez le poids dans le siècle des siècles« ,

Mais : « Je me sacrifie pour que vous soyez libérés

Et donniez libre cours à la joie. »


Par quelle perversion a-t-on pu, par quel aveuglement peut-on

Croire que la souffrance doit être recherchée, imitée, sanctifiée,

Et la joie rejetée ?

Comment a-t-on pu laisser le plaisir à Satan et la beauté au diable ?


« Le malheur est une merveille de la technique divine. C’est un dispositif simple et ingénieux qui fait entrer dans l’âme d’une créature finie cette immensité de force aveugle, brutale et froide. La distance infinie qui sépare Dieu de la créature se rassemble tout entière en un point pour percer une âme en son centre.

L’homme à qui pareille chose arrive n’a aucune part à cette opération. Il se débat comme un papillon qu’on épingle vivant sur un album. Il n’y a à cela aucune impossibilité, aucun obstacle, on pourrait presque dire aucune difficulté. Car la douleur la plus grande, tant quelle est en-deçà de l’évanouissement, ne touche pas à ce point de l’âme qui consent à une bonne orientation. « 

in L’amour de Dieu et le malheur

Aldor

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