J’écoutais cet après-midi Bayaty, de Georges Gurdjieff, cette magnifique musique dont j’ai appris l’existence par Marie-Claire, un jour que, dans un car allant à travers des villages empoussiérés du Maroc, nous bavardions du mage, dont je ne connaissais alors que les livres.

Bayaty est l’âme de la musique : une mélodie pleine de grâce et de mélancolie, puis riante et dansante., qui entraîne et enchante.

Je songeais, écoutant le dialogue du piano et du violon, à ces espaces pierreux et endunés dans lesquels nous avions marché, à cette sécheresse minérale à peine piquée de quelques fleurs jaunes, à ces roches noires et rouges parmi lesquelles nous avancions et où nous étions seuls.

Je songeais à cette musique qui est comme une danse, au plaisir qu’arrivés à l’étape nous avions à nous retrouver, frères humains que rassemblait la vie, comme le renard et le Petit prince.

Je songeais, écoutant cette musique riante et dansante, aux paroles d’Abélard qui, établissant la règle du Paraclet, fait l’éloge du silence et cite mille pères de l’Eglise ayant décrit la parole et la langue comme les sources humides et féminines de l’abomination. Et je songeais à ces déserts vitreux où nous avions marché et à l’éloge qu’Abélard faisait des pères anachorètes noyés dans la solitude.

Je me disais que ce virus, dont le remède est le confinement de chacun, était comme un grand enfermement monacal, un érémitisme collectif, quelque chose de cruel et de pervers.

Il y a quelque chose de terrible dans ce virus qui nous attaque dans le lien, le contact et le toucher, dans nos gestes de salut, d’amitié et de tendresse, dans nos poignées de mains et nos embrassements, dans la parole qui sort de notre bouche – dans tout ce qui nous fait hommes.

Aldor

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