J’ai, dans mes promenades, trouvé de l’or : un bracelet brisé en plusieurs morceaux qui étaient dispersés dans le goudron du bas-côté d’une route bourguignonne.

Cassé, cabossé, abîmé mais fait cependant d’un métal inaltéré, aussi pur et éclatant qu’au décès de l’étoile dont il naquit un jour ancien.

Mon précieux.

J’aime à le regarder, le toucher, le soupeser, lui qui, dans le jaillissement du temps, le flux ininterrompu des choses, mon propre vieillissement, demeure inchangé, étoile fixe sur la voûte céleste.

Petit soleil né d’un soleil que je tiens dans ma paume et dont l’éclat, le toucher, la tendresse aussi, me rassurent.

Car bien qu’inaltérable, mon Précieux a ses cicatrices, qu’il porte haut, comme à leurs flancs ces mammifères marins échappés des abysses.

Pesant, légèrement mais pesant malgré tout, pesant son poids. (Pourquoi, disant cela, est-ce l’idée d’un sein qui me vient ?)

Quelque chose de stable et d’assis, de grave comme la voix grave du médecin de famille que j’entendais lorsque j’étais enfant et que la fièvre me prenait : cette rassurance du baryton.

De mon Précieux, j’aime aussi la forme de chaîne. De chaîne d’ancre marine qui maintient le bateau quand la tempête arrive et que seule la chaîne résiste aux éléments qui se déchaînent.

Une chaîne brisée, cependant. Forte et pourtant brisée comme inaltérable et pourtant meurtrie : faite de contradictions.

Comme un anneau d’alliance marquant un abandon volontaire de liberté. Une naissance de la liberté dans l’action même de l’abdiquer.

Car avant, elle n’avait pas grand sens, pas de réel contenu. Est-il libre celui qui n’est pas prêt à sacrifier sa liberté ?

Qu’en penses-tu, mon Précieux ?

Aldor

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