À regarder paître les vaches,

Depuis le matin jusqu’au soir dans les grands champs fleuris,

On se dit qu’il faut beaucoup de temps pour nourrir d’herbe un animal,

Et que celui-ci y consacre toute sa journée.

Elle n’a pas beaucoup de temps, la vache, pour faire autre chose que manger, pour penser à autre chose qu’à trouver et mordre l’herbe dont elle a besoin pour vivre. Pas beaucoup de loisirs pour rédiger une symphonie ou inventer la machine à vapeur.

Elle doit manger, la vache, et il y a si peu d’énergie dans l’herbe, et la mâcher en demande tellement, que sa vie s’écoule à se nourrir. Et à dormir peut-être pour se reposer de la fatigue d’avoir tant mâché.

Tandis que le lion…

Tant d’énergie dans la chair de l’animal qu’on a vite fait, en le dévorant, d’absorber la quantité nécessaire,

Ce qui laisse plein de temps, après, pour concevoir les stratégies de chasse,

Et faire la sieste, car cela compte aussi.

Quand on mange de la viande, on peut faire autre chose que manger :

On n’est pas asservi à la mastication de l’herbe,

Et on peut rêver, inventer, s’ennuyer, penser,

Prendre de la distance avec les choses,

Se séparer d’avec la nature,

Prendre conscience de soi et de sa nudité :

Chuter, quoi, comme on dit, en croquant le fruit défendu, qui est plutôt d’ailleurs une chair défendue,

Non pas cette chair qu’on caresse par amour mais celle dans laquelle on plante ses dents par faim,

Et dont la substance nous permet de penser à autre chose :

Tailler des pierres pour chasser,

Allumer un feu,

Peindre de belles créatures sur les murs de nos grottes.

Manger de la chair pour nous libérer de la faim, de cette quête perpétuelle de la pitance,

Qui anime, dans les prairies, les grands troupeaux de brouteurs d’herbe.

Et nous permettre de penser, de créer, de bâtir.

(Et les éléphants, qu’en fais-tu, des éléphants, dans ce schéma trop simple ? Elle a bon dos, la pauvre vache, mais il n’est pas besoin de carnivorer pour penser !)

La photo a été prise près de Prémery, le long de la Nièvre d’Arzembouy, tandis que je me promenais.

Aldor

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