Le soleil se lève derrière le Panthéon. Un voile rose et tendre flotte dans le ciel, orné et comme ourlé de petits friselis qu’on distingue à peine mais qui ajoutent à la beauté.

Matin de printemps à Paris : le spectacle est magnifique ; l’air est frais ; quelques hirondelles frôlent les toits ; des pigeons roucoulent dans la ville encore calme : tout recommence, comme chaque matin, comme chaque année, depuis que le monde est monde.

La ronde des jours, des saisons et des ans nous donne une délicieuse illusion d’éternité, de continuel recommencement, de renaissance incessante de la beauté du monde : toutes ces fleurs, tous ces fruits, tous ces parfums, tous ces oiseaux ; toutes ces somptuosités et ces douceurs qui chaque jour s’offrent à nous, comme nées de la nuit !

Il faut à chacun de nous faire effort (et encore n’y arrivons nous jamais complètement) pour réaliser que nous ne serons pas toujours témoin de ce miracle quotidien. Comment pourrions-nous croire que l’éclat du monde puisse un jour se ternir, le jaillissement de la création un jour se tarir ?

L’incessante beauté du monde et la révolution des jours nous bercent et nous engourdissent comme chants de sirènes, nous persuadant que cette splendeur, depuis toujours renouvelée, depuis toujours révérée dans les prières et dans les chants des hommes ; que cette splendeur est éternelle.

Mais il y a là quelque chose qui ressemble au raisonnement d’Anselme, quelque chose qui fait penser à une illusion ontologique. Or pas plus que la perfection de Dieu ne suffit probablement à son existence, la beauté du monde (mais est-ce autre chose ?) ne suffit à le sauver, non plus que sa splendeur à son éternité.

Et de cette illusion, il nous faut nous détacher.

Aldor

2 Replies to “L’illusion ontologique”

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