Quelqu’un, l’autre jour, sur Twitter, signalait que les particules élémentaires subatomiques : protons, électrons, neutrons, sont, chacune dans leur genre, absolument identiques. Il n’y a, d’un bout à l’autre de l’univers, aucune différence entre elles, aucun moyen de les différencier, comme si elles étaient la même chose, les parties indiscernables d’un champ de forces et de matière.

Dans Oeil ouvert et coeur battant, retranscription d’une conférence qu’il prononça au Collège des Bernardins, François Cheng avance quant à lui l’hypothèse que la beauté naît de la différenciation des êtres singuliers.

Je me demande à partir de quel degré de complexité les particules, la matière et la vie commencent à s’assembler en ensembles différenciés. Les atomes se distinguent-ils les uns des autres ? Et les molécules ? Et les amibes ? Et les bactéries ? Et les virus ?

La beauté serait-elle après tout le résultat et l’autre nom de la gravité, de cette force universelle qui précipite la matière vers elle-même, la condense, l’agglomère, jusqu’à donner naissance aux étoiles et aux galaxies ? La beauté serait-elle le fruit de la singularité initiale qui accoucha du monde ?

La beauté serait-elle l’autre nom de la vie qui, à l’arasement de l’entropie, oppose des créatures complexes qui s’élèvent vers le soleil, s’aiment et inlassablement donnent naissance à d’autres créatures toujours plus variées et plus belles ?

La beauté serait-elle ce qui, à chaque instant, rajeunit le monde, luttant ainsi contre son aplatissement, sa simplification, son anéantissement ?

La beauté n’est-elle pas ce qui, du bruit de fond, fait ressortir la mélodie des notes de musique, de la grisaille le chatoiement des ailes de papillon, et du ciel les étoiles, or brillant au fond des yeux de celle que j’aime ?

La beauté, ce souffle qui vient déranger l’ordre du monde, ce verbe premier qui au chaos initial fait succéder le haut et le bas, le jour et la nuit.

Un autre autre nom de l’amour.


Des blés dorés et verts devant le bleu du ciel traversé de nuages

C’était à Chaintreaux, un été.

Aldor

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