Inachèvement et espérance

Par la bouche et la plume d’Hildegarde, c’est Dieu qui parle, se révélant à l’abbesse par les visions qu’il lui envoie. Ici, il explique que l’éclat perçu par Hildegarde reflète la plénitude absolue de l’œuvre divine, plénitude qui marque que ce n’est pas œuvre humaine puisque les hommes, eux, quand ils se mettent au travail, sont incapables d’achever leur œuvre, impatients qu’ils sont de la montrer.

Je me reconnais parfaitement dans ce reproche, qui fait de la recherche de l’attention des autres une des causes de notre propre manque d’attention, de l’inachèvement si fréquent de nos travaux. À peine ai-je une idée qu’il me faut la partager, comme si je craignais que réfléchie, mûrie, examinée, elle ne disparaisse ou ne s’étiole.

J’ai de l’admiration pour les personnes qui, comme cette héroïne (ou comme Katia, parfois), sont patientes, savent attendre, acceptent de travailler dans l’ombre et sans reconnaissance.

Il y a effectivement là une force et une vertu qui me manquent, comme elles manquent souvent aux êtres humains et aux autres êtres vivants, pressés par la mort et la brièveté de la vie : prendre le temps de la perfection appartient aux immortels.

Mais cette impatience a aussi une vertu : elle oblige à se lancer, à se lancer dans l’imperfection, à se lancer dans l’incertitude. Elle est l’autre nom de la foi qui nous permet de croire, d’agir, d’aimer, sans être sûrs de ne pas nous tromper – sans être sûrs de rien. Elle est ce qui nous donne le courage de nous engager.

Car si Dieu sait, nous ne pouvons qu’espérer.


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