L’été grec

Dans le désert de Tabernas, en Andalousie

Quand vient l’été, vient le désir des choses grecques : désir de lumière, de blancheur, de simplicité ; de netteté, de rigueur, de contraste. Désir de Méditerranée, de Camus, d’oliviers secs et de chemins pierreux. Désir de soif et d’absolu, de violence aussi peut-être : Ulysse, la force, Dune, Œdipe, Antigone, le destin et les dieux.

L’été éveille en nous ce désir d’été grec chanté par Lacarrière, cet idéal de frugalité heureuse qu’incarne le personnage d’Alexis Zorba ; cette faim d’éblouissement et de transfiguration que décrit Henry Miller dans Le colosse de Maroussi : renaître ; renaître à soi dans l’affrontement aux choses pures.

Quand vient l’été, tout paraît si simple : l’homme compliqué, bardé et alourdi d’appareillages, de machines, de téléphones, de voitures, de besoins, redevient cette créature légère ayant des désirs essentiels : se promener dans un jardin, s’étendre au soleil, lire un livre, manger, jouer, rire, aimer, causer. Et tout le reste, qui lui est si indispensable en temps normal, disparaît sans douleur ni regret, s’évanouit dans un soulagement.

Nous rêvons tous, avons tous la nostalgie de cet été grec-là, de ce retour à notre propre source, à notre mythologie primordiale, de cette confrontation épurée à nous-mêmes et aux choses importantes, graves et joyeuses qu’offrent l’amour, la tragédie, et la plongée dans le soleil, dans l’immensité blanche et bleue qui palpite.

C’est ce qu’il nous faut retrouver collectivement : ce désir, cette soif inextinguible de simplicité, de frugalité, de sobriété, cette esthétique de l’été grec : la blancheur de la chaux, la profondeur de l’ombre, le goût de l’olive et du pain, la puissance de la vie, et cet abandon joyeux des oripeaux qui, sous prétexte de nous libérer, nous enchaînent, nous entravent, nous aveuglent ; et nous conduisent à la catastrophe.

Plus que jamais, il nous faut réapprendre la Grèce et rejoindre son invincible été.


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