Tenter, c’est toujours une affaire de gros sabots (et de queue fourchue). Pas plus que le Méphisto de Faust, le Tentateur ne fait dans la finesse ou la discrétion. Il peut bien employer des pots de bonbons ou des pâtisseries mais sa méthode relève toujours au fond de la pornographie, de l’étalage, de l’appel simple à l’instinct, à la poursuite de ce qui est immédiatement attrayant, sexy comme on le dit à tout bout de champ.

C’est vieux comme le monde, direct et terriblement efficace.

Séduire, c’est un peu différent. Il y a, dans la séduction, quelque chose qui relève de l’à-côté, de la circonvolution, de la circonlocution aussi – qui relève de l’érotisme pour poursuivre la métaphore. Le séducteur a des manières et sa séduction fait appel à des ressorts, à des penchants, à des tendances sophistiquées : on n’est plus dans la grosse cavalerie mais dans quelque chose de plus élaboré, de plus intéressant pour l’esprit. Tellement intéressant que c’en est piégeux : on s’y prend, flatté comme le corbeau de la fable, content d’être malin, si malin, et oubliant qu’à malin, Malin et demi. Et quand la chute vient et que le séducteur révèle son vrai visage, on est doublement meurtri : d’avoir failli et d’en être pour partie responsable parce qu’on a accepté, par une sorte d’orgueil, d’entrer dans ce jeu qu’on devinait pervers.

Mais la séduction est plus complexe encore ; ou du moins peut-elle l’être. Car à côté de la séduction positive, volontaire, voire offensive du séducteur, il y a la séduction passive, naturelle, invoulue, de la grâce et du charme, du charisme, cette séduction qui émane de la personne sans que celle-ci ne la dirige, et qui n’en est que plus attrayante et ravageuse.

Avec cette séduction là, on entre – un peu – dans le monde merveilleux du plaire. Ce plaire sans autre substantif que le plaisir, qui ne désigne pas une action mais une sensation, un sentiment, un état, celui du récipiendaire. Car il n’y a, à l’origine de ce plaisir ressenti, aucune volonté, aucun choix, seulement le charme et la grâce.

Le plaire authentique et détaché de la séduction diffère cependant du séduire (et a fortiori du tenter) en ceci qu’il est gratuit et sans objectif. Non seulement le plaire ne cherche pas à plaire mais il ne cherche rien, n’implique aucune attirance, aucun désir chez celui qu’il a touché de son aile. Alors que je souhaite nécessairement me rapprocher de la personne qui me séduit, même involontairement, parce que la séduction est par nature centripète, je ne cherche pas forcément à me rapprocher de la personne qui me plaît et que je peux aimer sans autre désir que celui de savoir qu’elle existe quelque part. Le plaire est pure générosité, le plaisir qu’il donne un don désintéressé.

Et c’est par ce bout là, si fragile, de la flèche, que Marguerite, la pure Marguerite, l’emporte sur Méphisto. Parce qu’elle libère là où il emprisonne.

Aldor

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