Étant enfant, j’allais avec mon grand-père
À Verdun et à Vaux, et puis à Douaumont,
Et à la Voie sacrée et au Chemin des Dames,
Et dans tous ces lieux, gris sous le ciel bleu.

Je n’aimais pas beaucoup ces courts pèlerinages
(Nous partions le matin et revenions le soir),
Ces heures occupées à rouler sur les routes,
Pendant lesquelles, fermé, mon grand-père parlait peu.

Je n’aimais pas ces courtes haltes silencieuses
Que nous faisions devant des cimetières immenses
Et cet arrêt terrible auprès de l’Ossuaire
Et ce long bâtiment et sa tour phallique.

Je ne comprenais pas ces retours vers la guerre
Qui sentaient la sueur, la tristesse et le vieux,
Et cette terre gorgée de sang et de cratères
Et cette envie morbide de revenir sur ces lieux.

C’est plus tard, je crois, que j’ai vraiment compris
(Que j’ai compris, plutôt, que sans doute jamais
Je ne pourrais vraiment comprendre réellement
Ce qu’il venait chercher, en ces lieux de misère) :

Il avait, en ces lieux, combattu, mon grand-père,
À Verdun et à Vaux, et puis à Douaumont,
Mais surtout, c’était là, tout près de Thiaumont,
Qu’était mort, le 4 août, Georges, qui était son frère.


PS : le poilu vêtu de bleu est celui qui s’élève sur le monument aux morts de Baslieux-les-Mines, près de Reims.

Aldor

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