Dorian, Dorian, nous avons tant de mal
À croire en la vieillesse,
En la décrépitude,
S’il n’y avait ton portrait, s’il n’y avait ce corps
Pour nous montrer que le temps a passé,
Et que cette étincelle a cependant duré.

Dorian, Dorian, on pourrait bien, sans eux,
Ne jamais rien sentir de cet écoulement,
Ne jamais rien saisir de ce délitement,
Ne pas apercevoir ce long effacement,
Et nous croire jeunes toujours,
Jeunes éternellement.

Dorian, Dorian, et toi, corps fragile,
Vous qui rendez visible le changement des ans,
Qui soulignez, de l’âge, tous les empâtements,
Et révélez cette déliquescence
Que nous ne sentons pas, que nous ne voyons pas,
Au miroir mensonger que tend notre conscience.

Dorian, Dorian, et toi, peau de chagrin,
Toi, ma peau qui se ride et se fripe sur ma main,
C’est vous qui nous sauvez de cette illusion
D’être comme un point fixe dans le grand mouvement,
Le moyeu de la roue dans sa révolution,
La substance inchangée dans le bouleversement.

Dorian, Dorian, et toi, corps fidèle,
Il nous est si terrible de n’être plus aimé,
De devenir cet être respecté
Quand on était celui qu’on désirait ;
De devenir esprit dans un corps étranger
Quand on était un corps spirituel !

Dorian, Dorian, nous avons tant de peine
À accepter que cet esprit aussi se rabougrisse,
Perde sa force et ses moyens, s’anéantisse,
S’il n’y avait ton portrait, s’il n’y avait ce corps,
Qui nous montre le temps qui passe,
La vie qui éblouit et puis, au bout, la mort.

Aldor

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