Il a raison et tort Zénon, Zénon d’Elée,
Quand il dit que la flèche, pour atteindre sa cible,
Aller au bout de son chemin,
Et même le commencer,
A besoin de passer les étapes,
De les franchir,
De progresser à petits pas.

Et pourtant,
Dès lors qu’elle fait ainsi
(Avancer peu à peu… À chaque jour suffit sa peine),
C’est fini et foutu, à jamais terminé,
Car à force de cheminer,
De passer par la moitié de la distance,
Puis la moitié de ce qui reste,
Puis la moitié de ce qui reste encore,
Jamais la flèche n’arrivera
A sa cible terminale.

Il a tort et raison, Zénon, Zénon d’Elée,
Quand il dit que pour aller quelque part,
Même très loin,
Il faut bien mettre un pied devant l’autre d’abord,
Parce que Rome ne s’est pas faite en un jour,
Que la Roche tarpéienne est près du Capitole,
Et qu’on ne fait pas d’omelette si on ne casse pas des oeufs.

Et pourtant,
Si on fait ça,
Que précautionneusement on avance pas à pas,
On risque de ne jamais y arriver,
Parce qu’on se sera embourbé dans le chemin,
Et qu’à force de vouloir régler les difficultés l’une après l’autre,
En les sériant,
De façon rationnelle et efficace,
Utile et positive,
On aura oublié le grand problème
Dont la résolution avait motivé notre action.

Et on se retrouve,
Comme un idiot,
À améliorer ce qu’on voulait bannir,
À assouplir ce qu’on voulait anéantir,
À perpétuer ce qu’on voulait faire disparaître,
À être le complice de ceux qu’on accusait,
Le soutier de l’ennemi,
Un Créon (un Macron ?)
Qui dit : « en même temps »,
Paraît gentil et cependant,
Finit par tuer Antigone
(Mais est-ce vraiment malgré lui ?).

Et pourtant,
On ne peut pas faire autrement,
On ne peut pas faire autrement.

Aldor

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