A Autun l’Eve aux longs cheveux
Qui coulent comme une rivière,
Attrape, d’une main étrangère,
Le fruit qui lui fut défendu.

Lèvres pincées, bouche mutine,
Elle tient son menton, pensive,
Dans sa main droite, comme ennuyée,
L’air de ne pas y toucher.

Rondeur du mollet dans les pampres
Rondeur des seins et des yeux las
Qui déjà savent ce qui sera
Et les lendemains de misère.

Elle sait cela et cependant,
Elle arrache le fruit à l’arbre
Et à la main griffue qui tient
Le tronc de l’arbre dans sa main.

Elle l’arrache, telle Sainte-Nitouche,
L’air de ne pas y songer,
Comme si cela était un songe,
Une chose pas faite exprès.

Peut-être après tout est-ce un rêve,
Un incident mal arrivé,
Elle songeait à autre chose,
Et sa main, soudain, a fourché !

Ô Ève tant délicieuse,
Dont le geste nous a ravis
A l’Eden et au Paradis
– Et en même temps nous a faits hommes !


La tentation d’Ève est un bas relief attribué à Gislebertus, dit le Maitre d’Autun, auteur également du tympan de la cathédrale Saint-Lazare et de la plupart des chapiteaux.

C’est la moitié du linteau de la porte latérale de la cathédrale. L’autre moitié, un Adam, a été perdue.

Elle est aujourd’hui conservée au Musée Rolin, de la Société éduenne des lettres, sciences et arts.

Aldor

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